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03.09.2008

Dans l’histoire des arméniens en Afghanistan, il y a trois périodes.

1772794868.gifLa première période date du temps des Archagouniantz. Les Perses ont déplacé et installé de nombreux arméniens dans les régions du Khoujastan, Sagstan, Khorassan, à Nichapour et dans d’autres régions. Une partie importante de ces émigrants se sont déplacés vers l’Est de la Perse et se sont définitivement installés sur le territoire afghan.

La deuxième période des déplacements de la population arménienne en Afghanistan date du 14ème siècle. La majeure partie de ces arméniens de cette deuxième vague de déportation a été installée à Kandahar et à Kaboul. Les autres ont été installés au Nord du pays.

La troisième vague d’émigration arménienne a lieu vers 1760.


La tribu des REZLA serait d'origine arménienne.

Vers 1850, une information s’est propagée dans la presse internationale qui venait confirmer les données du Catholicos Siméon concernant l’exil des arméniens en Afghanistan.

LA TRIBU DES REZLA.

En effet au milieu du 19ème la plus importante des révoltes afghanes fut celle de la belliqueuse tribu des REZLA. Cette révolte était dirigée contre l’Emir Abdoul Rahmane Khan pour amener au pouvoir Héoube Khan.

Les journalistes européens témoins de ces événements et qui ont séjourné au sein de la tribu des REZLA affirment de façon unanime que la tribu des REZLA composée de 10.000 familles était vraisemblablement d’origine arménienne. Un journaliste de la presse britannique, comme preuve incontestable, décrit les habitudes de vie et les mœurs éthnographiquement arméniennes des REZLA. Sur l’insistance du journaliste, les Rezla avouent que leurs ancêtres étaient des arméniens. Ces informations venant des journalistes ne peuvent pas être la preuve incontestable d’une descendance arménienne islamisée que représenterait la tribu des REZLA. Cependant, elles contiennent très probablement une grande part de vérité.

Kaboul : un cimetière et une église arménienne.

En 1737, à Kaboul, des commerçants et des artisans arméniens ont construit une église arménienne. Elle fut construite sur la rue BALAYI-SAR près de la porte du fort de Djalalabad. C’est sur cette rue que les artisans et les commerçants arméniens avaient leurs échoppes.
A une distance de 1,5 Km de Kaboul les Arméniens avaient leur propre cimetière.
Comme l’a écrit le célèbre écrivain arménien RAFFI : « Les Arméniens de Kaboul, durant cette période, ont accédé à des postes importants dans le gouvernement afghan. De nombreux arméniens étaient à la tête des forces armées afghanes ».
Cette communauté qui vivait relativement paisiblement déclina rapidement et ses membres se dispersèrent.

La troisième vague d’émigration arménienne qui a lieu après 1760 est composée en partie de déportés arméniens mais une autre partie ayant émigré pour des raisons commerciales. Ces arméniens s’installent essentiellement à Kandahar et à Kaboul. Les commerçants et les marchands arméniens, en particulier ceux de la Nouvelle Djoulfa en Perse, ne pouvaient pas ignorer l’importance de villes comme Kandahar et Kaboul pour les voies commerciales permettant les échanges avec l’Orient. Ces voies étaient d’une importance capitale.


En 1763, le marchand arménien Hodja Meguerdoum de Tiflis, dans sa lettre adressée au Catholicos arménien Ghougasse, décrit l’émotion avec laquelle il rencontre des Arméniens à Kandahar et à Kaboul. Ces Arméniens n’avaient pas de prêtre.

Dès 1763, Etchmiadzine envoi l’évêque arménien Anania en Afghanistan. La mission de l’évêque, était d’enseigner la langue arménienne aux enfants et d’organiser la vie communautaire dans ce pays si éloigné et inconnu de l’Arménie.
Malheureusement l’évêque Anania décède sur la route de Kaboul.

En 1764, Etchmiadzine envoi l’évêque Grigor de Sanahine dans le même but.

Aucune information fiable sur le nombre d’Arméniens en Afghanistan à cette époque. Selon toute vraisemblance il devait y avoir un assez grand nombre d’Arméniens, pour que les deux évêques Anania et Grigor de Sanahine proposent la construction d’églises et l’ordination de prêtres pour les localités où habitent les Arméniens.

Dans sa bulle adressée aux Arméniens d’Afghanistan par le Catholicos d’Etchmiadzine, il demande à ces derniers de rester fidèle à l’église apostolique arménienne. L’évêque Grigor de Sanahine fonda deux églises arméniennes en Afghanistan. Ce fut la dernière fois qu’Etchmiadzine réussissait à établir un lien avec les Arméniens d’Afghanistan. L’instabilité politique de la région, coupa les routes qui menaient de la Perse à l’Afghanistan. Pendant une certaine période cette communauté tomba dans l’oubli.

Déportés à Kaboul.

La déportation des Arméniens
de la Nouvelle Djoulfa (Ispahan) vers Kaboul.

En 1722, l’Afghan Mir Mahmoud investit et pilla la ville d’Ispahan ainsi que la Nouvelle-Djoulfa. Il emmena 60 familles d’artisans arméniens et les installa à Kaboul.
Quelques années plus tard, les Afghans déportent 500 arméniens d’Ispahan pour les installer à Kaboul. A cette période les Arméniens de Kaboul vivaient dans une relative tranquillité.

Fin du 18 ème siècle

C’est bien plus tard, à la fin du 18ème siècle, que les marchands arméniens réapparaissent sur les marchés de Kaboul, quand les routes de l’Asie centrale s’ouvrent vers l’Afghanistan et qu’elles sont relativement sécurisées.
Grâce à ces marchands, des nouvelles préoccupantes parviennent sur le sort des Arméniens en Afghanistan. Ces marchands témoignaient de la présence de 150 familles arméniennes à Kaboul. Ils avaient également rencontré des familles arméniennes dans d’autres villes et villages. Toutes étaient au bord de l’assimilation. Privées du lien avec l’Arménie elles n’avaient d’autre choix que de s’islamiser.

A cette même époque et en l’absence de prêtres arméniens, les missionnaires catholiques essayaient de convertir les Arméniens au catholicisme. A la fin du 18ème siècle ces nouvelles alarmantes parvinrent au fameux Archevêque Hovsep ARGHOUTIAN. Ce dernier grâce aux moyens procurés par le legs d’un riche marchand arménien, du nom de BEJANIAN et décédé à Boukhara, a tendu la main aux communautés arméniennes d’Asie Centrale et de Kaboul.
L’énergique archevêque Hovsep ARGHOUTIAN entreprend alors des actions pour entrer en contact avec la communauté arménienne de Kaboul. Dans ses lettres qu’il adresse à Etchmiadzine il insiste auprès du Catholicos pour qu’il se préoccupe du sort des Arméniens d’Afghanistan et de les sauver de l’assimilation. N’attendant pas les mesures d’Etchmiadzine, il entreprend de se mettre directement en contact avec la communauté arménienne d’Afghanistan. Il commence par des échanges de courrier avec le hodja arménien nommé SAFAR habitant Boukhara. Les lettres et informations que recevait l’archevêque sur l’état de la communauté arménienne d’Afghanistan étaient plus que préoccupantes. Dans leurs lettres les Arméniens d’Afghanistan décrivent l’état d’abandon dans lequel ils se trouvent et demandent en premier lieu l’envoi de prêtre arménien.

Le Catholicos SIMEON YEREVANTSI, essaye alors de satisfaire à ses requêtes mais sans résultat probant et cela à cause de la dangerosité et de la difficulté des routes menant à Kaboul. De même les efforts de la prélature arménienne de la Nouvelle-Djoulfa (Iran) pour envoyer des émissaires vers Kaboul échouèrent.

Le Catholicos SIMEON doit alors demander à l’Archevêque Hovsep Arghoutian d’intervenir directement auprès des Arméniens D’Afghanistan. Le dynamique archevêque Arghoutian envoi par la route d’Astrakan deux prêtres vers Kaboul et en informe le Catholicossat d’Etchmiadzine.

En 1775, de nombreux armuriers arméniens sont transférés des villes de LAHORE et CHAHDJAHANBAD vers Kaboul pour mettre au point des armes pour l’armée afghane. Ils rejoignent ainsi la communauté des Arméniens d’Afghanistan.

Au 19 ème siècle...

A la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle la communauté arménienne de Kaboul s’était amoindrie. Elle ne comptait plus que 30 à 40 familles.
A Kandahar les Arméniens étaient encore moins nombreux. Les Arméniens des autres contrées étaient complètement assimilés à part quelques individualités.

Vers les années 1830-1840, les informations concernant la communauté arménienne d’Afghanistan ou de ce qu’il en restait, affluent.
Ces informations étaient essentiellement rapportées par des voyageurs, des officiers et des religieux anglais installés à Kaboul. Certains rapports de la mission catholique anglaise à Kaboul en 1850 nous donnent des informations sur les Arméniens de Kaboul.

Au cours de son voyage à Kaboul en 1832, le missionnaire catholique Josef VOLM séjourne au sein de la petite communauté arménienne de Kaboul. Il rapporte la présence de quelques familles arméniennes qui vivent en autarcie, ayant très peu de liens avec l’extérieur : « Cette petite communauté a été pendant de longues années spoliée et ruinée par le gouvernement afghan. Elle a beaucoup souffert durant les périodes d’instabilité politique et d’anarchie ambiante.
De nombreux massacres ont eu lieu. Rien qu’en 1831, Amir Khan emprisonne de nombreux arméniens. Ces derniers ne sont libérés que sur l’intervention insistante de la mission catholique de Peshawar », tel est le témoignage de Josef VOLM. Dès cette année de 1832, la mission catholique anglaise de PESHAWAR s’intéresse de près à la communauté arménienne de Kaboul. Au point où à la fin de 1832 elle avait pris en main toute la vie communautaire arménienne !

A l’école des missionnaires de Peshawar, ils acceptaient les adolescents arméniens. L’objectif des missionnaires était de convertir les Arméniens au catholicisme.

En 1842, le missionnaire anglais G. Allen et le capitaine Balvel font ressortir dans leur rapport que les Arméniens à Kaboul continuent de vivre en autarcie. Ils rapportent qu’à cette période les Arméniens vivent presque tous dans une petite ruelle attenante au fort de BALAYI-SAR. Ils sont essentiellement artisans, en particulier ils s’occupent de la production de vin de CHIRAZ. Dans ces conditions cette communauté ne pouvait pas perdurer.
Le même constat désespérant sur l’état des Arméniens à Kaboul avait été dressé en 1840 par un certain Taghidian. En 1840 il ne restait plus que 50 familles arméniennes à Kaboul.

En 1876, par un décret spécial de l’Emir, les Arméniens et les Juifs qui jusque là étaient dispensés du service militaire et de nombreux impôts y sont assujettis.

En 1890, il ne restait que très peu d’Arméniens en Afghanistan.

Pour mieux comprendre l’histoire des Arméniens d’Afghanistan, voici quelques extraits de la missive qu’adresse avant 1897 aux Arméniens de Calcutta (Inde) l’Emir afghan Abdoul Rahmane Khan : « … Je porte à la connaissance de la communauté arménienne de Calcutta que pendant le règne du défunt Nadir Shah, quelque 500 Arméniens s’installent en Afghanistan. Malgré leur réussite professionnelle et leur accession à des postes de responsabilité en Afghanistan, ils souffrent du manque de liens avec d’autres Arméniens ». Après cette introduction l’Emir passe à la raison de fond de sa missive : « Il est souhaitable qu’en tenant compte des sympathies religieuse et nationale existantes entre nous, que vous puissiez envoyer une douzaine de familles arméniennes d’artisans et ayant un niveau d’éducation important afin de consoler leurs compatriotes vivant dans la solitude. J’assure une vie aisée à toutes ces familles ». Dans sa missive l’Emir promet pour les familles arméniennes qui voudraient bien émigrer de l’Inde vers l’Afghanistan qu’il leur garanti pendant leur trajet des ravitaillements et des lieux de repos. Il leur promet également un travail adapté à leur compétence. L’Emir assure que les Arméniens établi dans son pays ont « une vie sûre et paisible ».

Pour donner plus de poids à sa missive l’Emir Abdoul Rahmane khan l’adresse par l’intermédiaire de son Armurier, SEVROUDIN KHAN. Ce dernier est d’origine arménienne et son nom arménien est Ghougass Hovsepian.

La réponse des Arméniens de Calcutta à l’Emir lui parvient le 25 mai 1898. Après de nombreuses formules de politesse qui feraient pâlir d’envie tout diplomate oriental, la lettre précise que les Arméniens en Inde ont des activités professionnelles et des attaches familiales. Ce qui rend leur émigration difficile pour l’instant. Ils suggèrent à l’Emir d’améliorer la condition de vie des Arméniens en Afghanistan afin d’influencer et d’attirer d’autres Arméniens.
Dans la même lettre les Arméniens écrivent : « Nous demandons à votre Majesté d’autoriser les enfants arméniens d’Afghanistan de venir étudier en Inde ; en particulier à Calcutta. A la fin de leurs études, ils rentreront à la maison et mettront leur savoir au service du gouvernement de votre Majesté. »

Pour comprendre la réponse des Arméniens de Calcutta il faut savoir que l’Emir change d’attitude envers les Arméniens à la fin de l’année 1897. Alors qu’il était auparavant très intéressé par l’installation des Arméniens dans son pays et qu’il améliorait leurs conditions d’existence, l’Emir pour des raisons qui n’étaient pas lisibles sur le coup, ordonna l’expulsion et la déportation des Arméniens d’Afghanistan vers le Nord de l’Inde. Les raisons apparaissent peu de temps après. En fait l’Emir applique les requêtes du Sultan rouge Abdoul Hamid II qui lui demande d’expulser les Arméniens qui sont des sujets déloyaux.


Les Arméniens d’Afghanistan expulsés ainsi d’Afghanistan et installés à Peshawar étaient livrés à leur propre sort. Ces Arméniens de Kaboul qui se sont installés à Peshawar ont emmené une collection importante d’anciens manuscrits arméniens.
Comme ils ne furent pas pris en charge par les Arméniens de Calcutta, cette petite communauté à Peshawar disparu.

Aux confints de la Chine : la communauté de Ghachia.

Aux confints de la Chine : la communauté de Ghachia.

Les informations concernant les autres villes où vivent des Arméniens sont parcellaires.

Henry RAULISON dans son livre « les Anglais et les Russes au Moyen Orient » nous livre des statistiques concernant la ville afghane de GHACHIA dans le Pamir à la frontière de la Chine. Dans le décompte démographique de la ville de Ghachia , l’auteur dénombre 300 Arméniens.

Les données de RAULINSON sont crédibles et sûrs, puisqu’en temps que général des forces armées anglaises, il avait accès aux données statistiques centralisées de l’armée. De plus il s’était rendu personnellement dans la ville de GHACHIA.


L’existence d’une communauté arménienne de 300 âmes dans cette petite ville frontalière de la Chine n’est pas étonnant. La ville de GHACHIA a été une ville où passait la Route de la soie pour tous les marchands se rendant en Chine.

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